Mensuel de diffusion d’informations sur
l’oralité,
les conteurs et les raconteurs.
Juin 2026 – N°402
P
912122 Bureau de dépôt OUPEYE 4680
Au
sommaire, ce mois-ci :
-
Articles
-
Spectacles – Veillées – Balades
-
Formations – Atelier
- 5
histoires !!!
Maison du Conte de Liège
La 402ième Veillée du 7- Scène ouverte,
spectacle de contes
quand ? le vendredi 12 juin 2026 à 19h où ? Parc de Colonster,
avenue des Erables, 4000 Liège
combien ? 4€
pour qui ? tout public
infos, inscription pour conter :
reservation
maisonconteliege@gmail.com; 0497/61.51.05, 0476/65.37.83
pas d’inscription pour assister.
Oui, vous avez bien lu. La 402ième veillée à Colonster
commence à 19h. Et dans le parc de
Colonster.
Inspirations non obligatoires : Les
arbres, ou Contes créoles. Votre
inspiration à vous sera la bienvenue.
Maison du Conte de Liège
Atelier Conte – Voix – Rythme – Présence par
Valer’Egouy et Suzel Barabaroux
quand ? les 13 et 14 juin, de 9h30 à
16h30 où ? Beau Mur, rue du Beau Mur, 4030 Grivegnée
combien ? 140€
pour qui ? à partir de 16 ans.
Pas de prérequis
Infos, inscription : 0476/653.783 ;
cdidelot@hotmal.be
Entrer dans l’art du conte en
Martinique. Explorer l’art de
raconter. Faire vivre une histoire.
Capter l’écoute. Faire résonner la
parole.
Maison du Conte de Liège
Krik ? Krak ! par
Valer’Egouy
quand ? le 13 juin à 19h30
où ? Auditoire du CRIE, parc du Jardin
Botanique, rue Fusch, 3, 4000 Liège
combien ? prévente : 15€.
Vente :18€/étudiant : 12€ pour qui ? Tout public
Contes vivants de Martinique
Maison du Conte de Liège
La 403ième Veillée du 7- Scène ouverte,
spectacle de contes
quand ? le vendredi 10 juillet 2026 à 19h où ? Parc de Colonster, avenue
des Erables, 4000 Liège
combien ? 4€
pour qui ? tout public
infos, inscription pour conter :
reservation
maisonconteliege@gmail.com; 0497/61.51.05, 0476/65.37.83
pas d’inscription pour assister.
Oui, vous avez bien lu. La 402ième veillée à Colonster
commence à 19h.
Inspirations non obligatoires : Les
méchants, les arbres. Votre inspiration à vous sera la bienvenue.
Maison du Conte de Liège
Festival du conte de Chiny
Potée de contes à la liégeoise par
les conteurs Maison et leurs amis
quand ? les 11 et 12 juillet,
heures à préciser
où ? Sur le site du Festival
combien ? gratuit.
Pour qui ? Tout public
infos :
0497/61.51.05, 0476/65.37.83 ; maisonconteliege@gmail.com
Décontraction, bonne humeur, émotion. Moments complices agrémentés de musique.
![]()
Le
Centre Culturel de Philippeville est à la recherche d’un conteur ou d’une
conteuse qui aurait dans son répertoire de bons « contes à faire
peur ». Thierry Devriese.
071/66.23.03. animation2@culture-philippeville.be
La Martinique
En
l’honneur de notre invité martiniquais, Valer’Egouy, un petit aperçu de la
Martinique et de son histoire.
Les
Caraïbes ! un nom qui fait rêver : le bleu de l’océan, les plages
paradisiaques, la musique, le créole mais aussi l’esclavagisme, les cyclones,
la pauvreté…
Au
XVIIème siècle, les européens décident d’exploiter la canne à sucre. Ce travail
étant extrêmement éprouvant, ils préfèrent utiliser des esclaves noirs,
capturés en Afrique et vendus à un propriétaire d’une plantation. Ce maître
s’appellera le « Béké ».
En
Martinique et en Guadeloupe, ces maîtres sont français, ces îles étant la
possession de Louis XIV. A cette époque, le français que nous connaissons n’est
parlé qu’en Ile de France, les autres régions ayant chacune leur dialecte
régional.
Les
maîtres viennent des quatre coins de la France (Bretagne, Vendée, etc…) et
parlent donc chacun leur patois avec, à la clé, problèmes de communication non
seulement entre eux mais également entre les colons et les gens de couleur.
C’est
alors qu’un nouveau langage apparait : le créole.
Voici
ce que nous dit Wikipédia à propos du Créole :
« Une
langue créole (en anglais :
creole ; en espagnol :
criollo ;
en portugais :
crioulo[1])
est, en linguistique,
une langue
née du contact prolongé entre des populations de langue différentes. Elle prend
généralement pour origine un pidgin,
c'est-à-dire une langue simplifiée, pauvre et relativement instable qui sert à
faciliter la communication entre des populations différentes. Le pidgin se
transforme par la suite en créole à partir du moment où il est parlé de manière
native et permanente par une population. Cet usage prolongé aboutit alors à la
complexification et à l'enrichissement de la langue suivant une logique propre.
Ainsi, la cohabitation linguistique des colons
et des déportés africains mis en esclavage
dans la Caraïbe,
en Louisiane
et dans l’océan
Indien a donné naissance à de nombreuses langues
créoles dans ces régions. La majorité de ces créoles ont une base lexicale indo-européenne,
notamment issue des langues anglaise, française, portugaise
et néerlandaise,
mais il existe également des créoles à base d’autres familles de langues, par
exemple les créoles malais ».
Et
le conte est évidemment arrivé aux Antilles. Après une dure journée de labeur,
les esclaves peuvent enfin se reposer et voici l’heure du conte !
Devinettes,
comptines, humour, interactions avec le public, le conte se tisse et devient
aussi une parole de résistance, distillant en secret des messages interdits
avec ses personnages malicieux, espiègles, comme Compère Lapin, représentant
l’esclave affranchi, sans scrupule, parvenant toujours à ses fins. Ti’Jean,
lui, personnifie le courage, l’intelligence et l’audace.
Le
conte antillais reflète dans la dérision, dans le fantastique, l’angoisse de la
malnutrition dont souffraient les esclaves. On y retrouve également des échos
de contes bien connus en France, comme ceux de Perrault ou des Fables de La
Fontaine.
Dans
les familles blanches, la nourrice la « Dab », employée par le
« Béké », ne s’est pas privée de conter forces histoires aux enfants.
Après
le déclin progressif des plantations, les voies traditionnelles de transmission
du conte se sont amenuisées mais aujourd’hui de nombreuses initiatives, telles
que spectacles, festivals, prestations dans les écoles, publications, … voient
le jour et certains conteurs contemporains font preuve d’une belle
créativité !
N’oublions
pas Aimé Césaire, grand poète martiniquais, député de la Martinique, maire de
Fort de France pendant de nombreuses années, inhumé au Panthéon à Paris.
Extrait
de la plaque d’Aimé Césaire au Panthéon :
« Inlassable
artisan de la décolonisation,
bâtisseur d'une « négritude » fondée sur l'universalité des droits de
l'homme « bouche des malheurs qui n'ont point de bouche », il a voulu
donner au monde, par ses écrits et son action, « la force de regarder
demain ».
« J'habite une blessure sacrée
J'habite des ancêtres
imaginaires
J'habite un vouloir obscur
J'habite un long silence
J'habite une soif irrémédiable ».
Marie-Noëlle
HERBIET, d’après Wikipédia et diverses recherches sur Internet
Nouvelles du monde de la culture
Culture et IA. Du 20 au 22 avril 2026, Le Soir a publié une
série d’articles sur la culture et l’IA.
Les articles sont des entretiens avec des artistes et sont signés par
Dieier Zacharie, Fabienne Bradfer, Alain Lallemand, Daniel couvreur. En voici les titres :
S’il
n’y a pas un humain qui passe derrière l’IA, c’est de la musique jetable.
Intelligence
artificielle : outil ou menace pour les artistes ?
L’IA
est un outil qui dépend de la qualité de celui qui l’utilise.
La
grande faiblesse de l’IA, c’est qu’elle n’est jamais drôle.
L’important
n’est pas la technologie mais les larmes que l’IA fera couler ou pas.
La
chanteuse Taylor Swift a fait « breveter » sa voix pour la protéger de l’IA.
Spectacles – Veillées – Balades
Racontance
- le vendredi 5 juin à 19h30, Les Zapéro-contes Charleroi
au Livre ou
Verre Au 6 passage de la Bourse - 6000 Charleroi. Participation au
chapeau.
Infos au
0477/22.89.39. Réservations non obligatoires.
Infos et
Inscriptions pour conter : zapérocontes.carolos@gmail.com
Soirée scène ouverte aux conteurs, animée par Ahmed
Hafiz.
- le jeudi 11 juin à 20h, Les Zapéro-contes Brabant Wallon
à L'Espace
Marionnettes de Saintes/Tubize, au 14 rue de l'Ecole - 1480 Tubize.
Participation au chapeau.
Inscriptions
pour conter et réservations : zaperocontesbw@gmail.com ou 0494 56 72 66
Soirée scène ouverte, animée par Guillaume François.
- Le vendredi 19 juin à 20h. Les Zapéro-contes Bruxelles.
à l' Ultieme
Hallucinatie, 316 Rue Royale – 1210 Bruxelles.
Pour le public
infos et réservations vivement conseillées via le site : www.racontance.be ou
par mail.
Soirée scène ouverte aux conteurs est animée par
Dominique Brynaert. Participation au chapeau.
Spécial Atelier Racontance. Pour clôturer la saison
à Bruxelles, sont réunis sur la scène les conteuses et conteurs qui participent
tout au long de l'année à l'Atelier Racontance, atelier de travail et
d'échanges entre artistes conteurs sous la direction de Dominique
Brynaert.
6 juin à 14h, Contes malpolis par Jeanne la contesse.
La
Scène, B3 Centre de ressources. Place des Arts, 1 – 4020 Liège 04 /
279.54.00
Renseignements : jeanne.godenne@provincedeliege.be
04/279.52.73
Les contes ne sont pas toujours de bonne tenue, certains
bruits incongrus, certaines servitudes physiques y sont parfois mentionnées.
Heureusement, la politesse permet de passer sur beaucoup de choses,
Le système de réservation depuis novembre est
informatisé, via le site du B3. Pas de stress, si ce système ne vous convient
pas, venez tout simplement : en fin de séance, je compterai les personnes non
inscrites et voilà tout
Jean-Luc
Fauconnier.
Volubilis
Vivaces, par
Anne Quintin (chant) et Julie Renson (conte et récit)
- le samedi 6 juin, en soirée, à Orval (Abbaye et forêt),
infos et
réservation : Chiny, cité des contes (www.conte.be/ ou animations@chiny.be)
- le dimanche 21 juin 26 (10h30 ou 19h30) à
Bouvignes-sur-Meuse (Dinant) Spectacle promenade du solstice
infos et
réservation : Maison du Patrimoine médiéval mosan : info@mpmm –
082/22
______________________________________________________________________________
Entre vieux murs et floraisons épanouies, accueillir
l’été en compagnie d’Hildegarde von Bingen !
Femme inspirée et inspirante, elle nous invite, depuis le
Moyen-âge, à nous relier au vivant sous toutes ses formes.
Le SKA, Centre culturel de Schaerbeek
- le dimanche 7 juin à 11h, La voix des oiseaux par Arnaud Demuynck
Centre
culturel de Schaerbeek, Chaussée de Haecht 300, 1030 Schaerbeek. 5 euros.
A partir de 4 ans
Réservation : 02 245 27 25 reservation@ska1030.be
Associe l’art de la parole au cinéma d’animation
contemporain. Il se veut la rencontre de la tradition orale avec le cinéma.
- le 7 juin à 10h, Souvenirs de Bretagne et vagabondages
celtiques, par Gaëlle Commas
RV Plaine de
jeux d’Aywaille, Esplanade du Fair Play.
Au chapeau.
Infos,
réservation indispensable : 0497/32.32.82 ; contes@1001nuits-aywaille.be
Balade contée
Contes en balade
- le 11 juin à 19h, Songes d’été, scène ouverte animée par Julien Staudt. Prix
libre.
ZonneKlopper,
avenue de la Verrerie, 23, 1190 Forest.
Infos,
réservation : 0497/78.20.75 ; info@conteenbalade.be
Apportez vos mots, vos poèmes, vos histoires, vos
chants. Ouvrons la porte vers les songes
d’été.
Maison du Conte de Liège
La 402ième Veillée du 7- Scène ouverte,
spectacle de contes
quand ? le vendredi 12 juin 2026 à 19h où ? Parc de Colonster, avenue
des Erables, 4000 Liège
combien ? 4€
pour qui ? tout public
infos, inscription pour conter : reservation
maisonconteliege@gmail.com; 0497/61.51.05,
0476/65.37.83
pas d’inscription pour assister.
Oui, vous avez bien lu. La 402ième veillée à Colonster
commence à 19h.
Inspirations non obligatoires : Les
arbres, ou Contes créoles. Votre
inspiration à vous sera la bienvenue.
Maison du Conte de Liège
Krik ? Krak ! par Valer’Egouy
quand ? le 13 juin à 19h30 où ? Auditoire du CRIE,
parc du Jardin Botanique, rue Fusch, 3, 4000 Liège
combien ? prévente : 15€. Sur place : 18€/étudiant : 12€ pour qui ? Tout public
Contes vivants de Martinique.
- le dimanche 14 juin à 11h Au fil des histoires par Aurélie Beco.
14 rue Mafa,
6960 Manhay à la ferme du Mafa
Réservation
nécessaire (places limitées): mariezinnen@hotmail.com; 0471/76.16.54
Spectacle de contes, intimiste, poétique, clownesque et
qui fait réfléchir. 1er prix du festival du conte de Chiny en 2024.
- le 14 juin à 14h.30, Scène Ouverte de
Mons-Tournai et Cie, au Jardin Suspendu à Mons.
Au chapeau
Inscriptions : christian.veheyden@gmail.com (0472/041527) paulema@scarlet.be (0477-225647)
Venez avec un conte (durée approximative : entre 2
et 10 minutes), une chanson, un slam, une poésie,
Formation – Atelier
Maison du Conte de Liège
Atelier Conte – Voix – Rythme – Présence par Valer’Egouy
et Suzel Barabaroux
quand ? les 13 et 14 juin, de 9h30 à
16h30 où ? Beau Mur, rue du Beau Mur, 4030 Grivegnée
combien ? 140€
pour qui ? à partir de 16 ans.
Pas de prérequis
Infos, inscription : 0476/653.783 ;
cdidelot@hotmal.be
Entrer dans l’art du conte en
Martinique. Explorer l’art de
raconter. Faire vivre une histoire.
Capter l’écoute.
Faire résonner la parole.
Théâtre de la Parole
- les 17 et 18
juin 2026, le répertoire du conte à la lumière de l’éthologie par Roxane
Ca’Zorzi. Maison du
Prieur (Théâtre de la parole) – 8 rue du Rouge-Cloître – 1160 Auderghem
Infos et inscriptions : ecoleduconte@theatredelaparole.be Prix : 120€.
Cerner brièvement l’éthologie. Essayer de voir si
celle-ci se reflète dans certains « contes d’animaux ». Observer des
comportements animaux individuels et collectifs. Construction d’un imaginaire
parfois au service de certaines idéologies. Répertoire de contes mettant en
scène des animaux, Symbolique.
La matière étant tellement vaste, c’est autour des mammifères et plus
précisément de quelques canidés (le renard et le loup) et mustélidés (blaireau,
belette, hermine) que nous concentrerons le propos.
Chiny
- Du mercredi 8 au
dimanche 12 juillet, Conte d’intervention par Yvan
Couclet et Etienne Piette
Rue de Lorrène 3, 6810, Chiny. 400
€ (hébergement et repas compris). Pour tous.
infos et inscription : 32
(0)61 32 07 56 ; animation@conte.be 12 places
disponibles
Apprendre à conter dans des lieux animés. Vous
découvrirez comment capter l’attention d’un public de passage et adapter votre
narration à l’environnement. Ce stage de cinq jours se compose donc d'une
partie théorico-pratique et d'une finalité pratique "performance
contée" sur le terrain les samedi et dimanche 11 et 12 juillet.
- du mercredi 8 au vendredi 10 juillet, Imaginer et raconter des histoires pour les
tout-petits
par Françoise
Danjoux
Rue de Lorrène 3, 6810, Chiny . 300 € (hébergement et
repas compris). 12 places disponibles.
Inos et inscription : 32 (0)61 32 07 56 ;
animation@conte.be
Conter aux très jeunes enfants demande une connaissance
de la tradition orale et des différentes formes de récits adaptés à ce public
spécifique : contes courts, premiers récits (comptines, jeux de doigts,
enfantines, etc.), ainsi qu’un engagement dans leur interprétation.
yé krik
yé krak
yé
mistikrik
Ye
mistikrak Formulette créole
Comment Compère Lapin vint à bout de la
Baleine et de l’Eléphant
Compère
Lapin s’en promène sur le chemin quand, tout à coup, il aperçoit Dame Baleine
occupée à discutailler avec Monsieur Eléphant. Leurs mots s’infiltrent jusqu’au
pavillon de son oreille.
Baleine :
Dites donc, Monsieur Eléphant, n’êtes-vous pas le plus puissant des animaux de
la terre ?
Eléphant :
Oh que si. Et vous, n’êtes-vous pas la plus puissante des animaux de la
mer ?
Baleine :
Oh que si. Si cela vous chante, si cela vous démange, on pourrait s’associer et
gouverner ensemble terre et mer selon notre bon plaisir et notre unique
volonté.
Eléphant :
Mais quelle bonne idée.
Compère
Lapin est fervent démocrate de fondement athénien. Il ne veut rien entendre de
dictature ou régime autoritaire, Stasi ou similaire. Une idée politique lui
vient à ce moment.
Il
se procure une longue, longue corde et un lourd, lourd tambour. Il cache
celui-ci et s’en va trouver Baleine.
Lapin :
Bonjour Dame Baleine. Quelle bénédiction de vous rencontrer. Vous si imposante,
vous si puissante, pourriez-vous m’accorder un instant et une aide précieuse,
je suis désespéré. Ma vache, à quelques pas d’ici, est embourbée dans une boue
noire et collante. Elle s’épuise pour sortir.
Dame
Baleine se sent flattée, elle apprécie les courtisaneries. Elle connaît la
popularité de Lapin et désire s’attacher sa complaisance. Elle acquiesce.
Lapin :
J’attache cette corde à votre queue et je m’en vais faire de même avec la queue
de ma vache. Quand tout est prêt, je frappe du tambour. Il vous suffit de
tirer.
Baleine :
C’est pour moi, une simple formalité.
Lapin
s’en va trouver Monsieur Eléphant.
Lapin :
Voudriez-vous bien me rendre un immense service ?
Eléphant :
Quel est-il ?
Lapin :
Ma vache est embourbée, je ne peux la délivrer.
Eléphant :
Bien volontiers.
Lapin :
: J’attache cette corde à votre trompe et je m’en vais faire de même avec la
queue de ma vache. Quand cela est fait, je frappe du tambour. Il vous suffit de
tirer.
Eléphant :
C’est pour moi, une simple formalité.
Dans
les fourrés Compère Lapin frappe du tambour. Baleine tire de la queue, Eléphant
tire de la trompe. La corde se tend tant et tant qu’elle devient raide.
Eléphant
prend appui de ses robustes pattes et lance une vigoureuse secousse. Baleine en
fait tout autant.
Baleine :
Saperlipopette, quelle est cette vache plus solide qu’un troupeau.
Vigoureuse
secousse et Baleine se retrouve à terre. Elle est à bout, s’énerve et plonge
dans l’océan pour éponger ses frustrations.
Vigoureuse
secousse. Cette fois, c’est Monsieur Eléphant qui s’arrache du sol et glisse
tel un surfer jusqu’au rivage proche. Vigoureuse secousse, Dame Baleine est
propulsée hors de l’eau.
Baleine :
Qui me tire ?
Eléphant :
Qui me tire ?
Ils
voient la corde et comprennent.
Baleine :
Je vous apprendrai à jouer de la vache.
Eléphant :
Je vous apprendrai à vous moquer de moi.
Ils
tirent à nouveau tant et tant sur la corde qu’à la fin, crac, elle se casse.
Ils ne se parlent plus.
Contes
créole des Antilles trouvé sur « Touslescontes.com »
Ecriture
de Michelle Troupin
Petite
bafouille :
Je
vous dirais, qu’à mon avis, en ce jour, nous pourrions nous inspirer de Compère
Lapin.
Prendre
une longue, longue corde et un lourd, lourd tambour. A un bout, attacher un
politicien psychopathe et à l’autre extrémité, un autre puissant tueur
d’hommes, femmes et enfants.
On
a l’embarras du choix. Pour retrouver une paix mondiale et le bonheur d’être
sur terre en harmonie avec le vivant. Je pense que notre belle planète, à la
veillée des comètes, raconte ce si joli conte. Les galaxies écoutent, soupirent
d’aise. Elles n’ont point à se soucier d’humains.
Dame Nicolas
Dans
une vieille maison en bois, près d’un pied d’ananas, il y avait une belle jeune
fille qui vivait avec sa maman
Un
jour ; elle voit arriver un cavalier habillé tout en argent et se met à chanter
:
Maman,
maman, Dame Nicolas,
Mi en missié, Dame Nicolas,
Ki ka vini, Dame Nicolas,
Tout en argent, Dame Nicolas !
La
maman regarde et répond à sa fille que ce n’était point un vrai cavalier, mais
le Diable. Elle fait le signe de la croix et le Diable disparait sur le champ.
Le
second jour, la jeune fille voit arriver un plus beau cavalier que la veille,
tout en or, et elle se met à chanter :
Maman,
maman, Dame Nicolas,
Mi en Missié, Dame Nicolas,
Ki ka vini, Dame Nicolas,
I tout en or, Dame Nicolas !
Mais
la maman aperçoit le sabot fourchu du Diable et fait le signe de la Croix ; le
cavalier disparait sur le champ.
Le
troisième jour, alors qu’elle est à sa fenêtre, la jeune fille voit un cavalier
encore plus beau. Ses habits sont pleins de lumière et il resplendit comme un
soleil.
Maman,
maman, Dame Nicolas,
Mi en missié, Dame Nicolas,
Qui ka vini, Dame Nicolas,
Tout en djamants, Dame Nicolas!
Les
beaux habits « brûlent » les yeux de la Maman, et elle accepte le cavalier, qui
est venu demander la fille en mariage.
La
noce est vite faite et dès le lendemain, on prépare une carriole avec des
vivres et des cadeaux, car le mari désire partir sur ses terres, où il a
plusieurs habitations.
Ils
partent et, le premier jour, le mari mange tous les vivres d’une semaine. Le
second jour, il mange un cheval. Le troisième jour, il mange le second cheval.
Ils
font la suite du chemin, à pied, jusqu’à la mer. Le mari a tout le temps faim
et mange les racines, les écorces des arbres, les mangues avec leur peau.
Ils
prennent un canot.
Après
des jours et des jours, ils arrivent au pays du mari, tout brûlé et tout sec,
comme la Savane des Pétrifications. Une cloche chante :
Dongo,
dong
Ici, c’est pays Moudong.
Dongo, dong
Moune pa ka vini ici!
Le
premier jour, le mari annonce à sa femme qu’il va sur ses habitations, qu’elle
doit rester à la maison, soigner bien son coq et garder des clés, Et il se met
à chanter :
I
baille la clé ta la
I di ba-Y
Ouvè ta la !
Pa ouvè ta la !
Ouvè ta la !
Pa ouvè ta la !
Ouvè ta la !
Pa ouvè ta la !
Le
mari part, et la jeune femme reste à la maison, soigne le coq et n’ouvre que
les portes que son mari lui a permises.
Le
soir, quand le mari arrive, il trouve que sa femme a bien obéi ; il cause avec
le coq ; le couche dans sa « caloge».
Au
second jour, la vielle cloche se met à chanter, après le départ du mari :
Dongo
dong,
Ici cé pays Moudong
Dongo Dong,
Moune pa ka re’té ici !
C’est
la maman du Diable, que celui-ci a transformée en cloche. Or, la maman du
Diable a pris en pitié la jeune femme et elle chante tant, que la jeune femme
s’approche de la cloche. Alors, la maman lui dit qu’elle a épousé le Diable et
que le coq est son second fils, le frère du Diable, que le Diable va loin
chercher ses épouses, qu’il les engraisse et les mange. Et si elle ne la croit
pas, qu’elle n’a qu’à ouvrir les portes que son mari lui a interdites. Mais
avant il faut donner au coq du maïs avec des clous, car il raconte tout à son
frère chaque soir.
La
jeune femme prend alors du beau maïs et le mélange avec des ti-clous. Le coq
mange le tout en trois becquées :
gloukoukassaïam !
gloukoukassaïam !
gloukoukassaïam !
Ensuite,
la jeune femme prend les clés et ouvre les portes interdites. Elle voit dans la
première chambre un tas d’os, dans la seconde chambre, une robe de mariée, dans
la troisième une femme pendue, toutes sèche, dans la quatrième, un gros
coutelas.
Alors,
elle prend peur et court jusqu’à la plage où était le canot du Diable. Elle le
prend et s’enfuit chez sa maman.
Quand
vient le soir, le Diable ne trouve pas sa femme mais toutes les portes
ouvertes. Son coq est si gros et la gorge si pleine de maïs et de ti-clous,
qu’il ne peut rien raconter.
Il
court à la plage et ne voit plus son canot. Or le Diable ne peut aller à la
nage car l’eau de mer brûle sa peau. Il prend son coutelas et coupe un beau
gommier et il fait un canot.
Avec
son canot, il arrive à la case de sa belle-mère et demande où est sa femme.
Mais sa belle-mère lui répond qu’elle n’a jamais vu sa fille, qu’elle croyait
être avec son beau-fils. Le diable, s’en va, et on ne le vit plus jamais.
Pendant
ce temps, la jeune fille est allée chez sa maman, qui l’a envoyé dans un autre
pays, où sa fille a trouvé un autre mari.
Et
le conteur de ce conte avait été à la seconde noce et y avait mangé, bien bu
(pas comme ce soir) et bien dansé. Même qu’il avait perdu son chapeau. Qu’il
cherche toujours et ce soir, il est venu dans l’assemblée présente conter le
conte et chercher son chapeau, si jamais quelqu’un l’avait trouvé
M-Cl
Desmette, d’après un conte de la Martinique, in
Potomitan, Introduction au folklore martiniquais par Aimé Césaire et René Menil
Jala, conteuse martiniquaise.
Petit Jean et Petite Marie
Petit
Jean a une sœur qu'on appelle Petite Marie. Petite Marie, un jour qu'elle se
promène toute seule, rencontre un beau monsieur bien habillé, tout couvert de
bijoux, d'or et de diamants. Le beau monsieur fait la cour à Petite Marie.
La
mère de Petite Marie, sait bien quelles ruses le Diable emploie pour séduire
les petites filles et la met en garde : il faut vérifier si le beau galant
n'était pas le Diable. A la prochaine rencontre, elle doit avoir sur elle une
épingle, et piquer le conteur de fleurettes. Si de la piqûre sort du sang, c'est
un homme ; mais si c'est du pus qui sort de la piqûre, on a affaire au Diable.
Petit
Jean accompagne sa sœur au rendez-vous. Pendant la conversation, elle a soin de
piquer la main de son prétendant. Du pus sort de la piqûre. Mais Petite Marie est
déjà comme ensorcelée, et pour ne pas devoir dire la vérité à sa mère, elle se
pique elle-même et essuie le sang avec son mouchoir. En rentrant, elle montre à
sa mère la trace de sang. Devant cette preuve, la mère consent au mariage.
On
célèbre donc la noce, et le Diable part, emmenant Petite Marie. Mais Petit
Jean, veut sauver sa sœur, et part avec eux. Le Diable pense que deux valent
mieux qu'un.
Arrivé
dans sa case, le Diable ordonne immédiatement de tout préparer pour manger les
deux enfants, car le Diable, alors, mange les hommes.
Les
préparatifs sont un peu longs, et le Diable s'endort. Quand il ronfle bien fort, Petit Jean lui enlève
doucement ses bottes de sept lieues, les chausse, prend Petite Marie par la
main, et ils partent.
Le
Diable ronfle longtemps, et les deux enfants ont déjà fait un grand bout du
chemin quand il se réveille.
Lorsqu'il
découvre que les deux enfants sont partis avec ses bottes de sept lieues, il se
met en une grande colère, et jure de les rattraper.
Il
chausse donc sa paire de bottes de cent lieues, et part. Malgré leur avance,
les enfants, entendent derrière eux le pas rapide et le souffle du Diable.
Déjà,
le Diable croit pouvoir les saisir. Mais, soudain, il ne les voit plus. Petit
Jean s’est transformé en jardinier, et Petite Marie en une fleur que le
jardinier arrose.
Le
Diable doit retourner chez lui, et il conte à sa femme son échec. La femme lui dit
: « Mais il fallait saisir le jardinier qui était Petit Jean, sûrement, et
la fleur qui était Petite Marie, sans aucun doute »
Le
Diable, furieux d'avoir été si bête, repart à la poursuite des enfants.
Bientôt,
ils entendent de nouveau son souffle rauque et son pas rapide ; de nouveau, il
étend la main pour les saisir, mais il ne les voit plus. Il y a devant lui une
mare sur laquelle nage un canard.
Alors
le Diable, demande au canard : « Mon beau canard, n'as-tu pas vu un jeune
homme et une jeune fille passer par là ?»
Mais
le canard continue à barboter, ne lui répond pas.
Revenu
chez lui, le Diable raconte a sa femme l'étrange aventure. Elle lui dit : «
Tu n'as donc pas compris ! Tu es trop sot, vraiment : le canard c'était Petit
Jean, et la mare était Petite Marie.»
Alors
le Diable rugit de colère, et repart comme une flèche.
Quand
ils l'entendent venir, Petite Marie se transforme en église, et petit Jean en
prêtre. Le Diable arrive et demande au curé : «Mon beau curé, n'as-tu pas vu
passer un jeune homme et une jeune fille?» Mais le prêtre ne lui répond
pas, continue à dire: «Dominus vobiscum», et asperge le Diable avec de
l'eau bénite. Le Diable court tant qu'il peut, il ne trouve pas la porte de
l'église, saute par une fenêtre qu'il arrache en passant ; il revient chez lui
avec la fenêtre, et raconte sa mésaventure à sa femme. Et sa femme voit bien
que la fenêtre est un morceau de la robe de Petite Marie, et elle le lui dit.
Quand
il comprend, il entre dans une fureur terrible. Il grince des dents si fort que
des étincelles jaillissent de sa gueule, et mettent le feu à sa case. Et le feu
dévora la case, le Diable et sa femme.
Les
enfants reviennent auprès de leurs parents, et l'aventure servit de leçon
sévère à Petite Marie.
M-Cl
Desmette d’après un conte recueilli, à La Guadeloupe
par Mme Schont, 1935.
J’ai délibérément mis ces deux contes l’un après l’autre pour que vous puissiez apprécier les ressemblances et les différences. Ainsi que le rôle des femmes.
La ville aux rasoirs
Avant,
il y a bien longtemps, il n’y avait qu’une seule ville sur cette île. Une ville
mystérieuse, surnommée « l’île aux rasoirs » car certaines rues
étaient tapissées de clés coupantes depuis la nuit des temps.
Dans
cette ville, de vieilles femmes s’adonnaient au vaudou et mangeaient les os de
personnes décédées qui n’avaient pas remboursé leurs dettes.
Deux
chevaux trainaient les corps dans ces rues terribles et les vieilles femmes
mangeaient ensuite les chairs détachées par les rasoirs.
Un
jour, Paulo, un jeune voyageur arrive dans cette ville. Son idée : trouver une épouse, la femme de sa vie. En
prévision de son mariage, il a économisé pendant des mois.
Mais
quand il franchit la porte de la ville, Paulo se fige d’horreur : sous ces
yeux, deux chevaux tirent un vieillard, accroché à une corde, sur une route
poussiéreuse, jonchée de bouts de métal coupant !
Voyant
ce pauvre homme lacéré de toute part, Paulo s’approche du maire de la ville et
l’implore de faire cesser cette torture.
-
Imaginez, Monsieur, que ce soit votre père trainé ainsi !
-
C’est la coutume et la seule manière d’arrêter ceci, c’est que ses dettes
soient remboursées.
-
Soit ! Alors je paie ses dettes, oui, je paie tout !!
La
famille du mort le remercie chaleureusement mais Paulo n’a plus un sou !
C’est
alors qu’il entend une voix : Paulo, Paulo…
Il
se retourne, personne. Puis la voix reprend : Paulo merci de ta
compassion.
-
Qui a parlé ?
-
L’âme de celui que tu viens de préserver mais n’aie pas peur, je suis là pour
t’aider à mon tour.
-
Je n’ai plus d’argent et je ne pourrai jamais trouver une épouse.
-
Rassure-toi, je vais t’indiquer le chemin. Va aux trois portes de la ville aux
rasoirs. Ce sont des portes très dangereuses mais derrière ces portes, tu
trouveras la belle-sans-connaître.
-
La belle-sans-connaître ??
-
Oui et vous tomberez amoureux l’un de l’autre. Mais il faudra braver des
dangers et pour les vaincre, tu vas acheter un baril d’os, un baril de fleurs
et un baril de sucre.
-
Mais, je n’ai plus d’argent !!
Aucune
réponse, l’âme est partie.
Machinalement,
Paulo met la main dans sa poche et … des pièces !!
Sans
perdre une minute, il va acheter les trois barils, loue une charrette pour les
transporter et se dirige vers les trois portes.
Paulo
se retrouve devant une gigantesque muraille avec une seule petite ouverture
visible : une petite porte en bois, d’allure bien inoffensive.
Toc,
toc et horreur : de terribles grondements qui font penser à une meute
d’énormes chiens enragés, affamés, prêts à dévorer tout ce qui leur tombera
sous les crocs.
Paulo
ouvre la porte et déverse le premier baril. Des dizaines de chiens féroces
se ruent sur les os et le laissent passer.
Il
s’engouffre dans un étroit couloir et arrive devant la deuxième porte. Là, il
entend comme un sifflement. Il ouvre la porte et voit des colibris, par
dizaines foncer vers lui, prêts à lui crever les yeux. Paulo se précipite sur
le deuxième baril et le vide au sol. Les colibris se posent sur cette montagne
de fleurs, commencent à les butiner et laissent passer Paulo.
Un
autre couloir, tout au bout la troisième porte. Derrière la porte, un
bourdonnement assourdissant. Paulo déverse le troisième baril sur lui et
commence à courir mais les mouches ne s’occupent pas de lui bien trop occupées
à dévorer le sucre.
Au
bout du couloir, une salle immense, recouverte de marbre : le voilà dans
le palais royal.
Paulo
est immédiatement arrêté par le chef des gardes qui le fait jeter au cachot,
malgré ses tentatives d’expliquer son geste. Quelques heures plus tard, le roi
vient l’interroger.
-
On me dit que tu es venu voir ma fille.
-
Votre fille ?
-
Oui, la belle-sans-connaitre, ma cadette.
-
Sire, je ne savais pas que c’était votre fille !
-
Oh, et menteur par-dessus !
-
Sire, …
-
Silence ! Il y a 1000 ans, je me suis fiancé avec mon actuelle épouse et,
en nous promenant sur la plage, ma fiancée a perdu la somptueuse alliance que
je lui avais offerte. Je te donne une journée pour la retrouver. Si tu n’es pas
en sa possession demain, je te ferai hacher menu.
-
Mais, Altesse, comment faire si je suis enfermé ?
-
Ce n’est pas mon problème !
Paulo
est désespéré et ne voit aucune issue quand soudain : un aboiement.
-
Qu’est-ce que c’est ?
-
C’est moi, chien
-
Qui ça ?
-
Le sergent-chef des chiens. Je viens te rendre la pareille. Il y avait mille
ans que moi-même et mes congénères n’avions plus mangé d’os aussi délicieux,
une moelle aussi tendre ! J’ai tout entendu. Nous allons t’aider.
Demain,
tu seras en possession de la bague, tu peux t’endormir tranquillement.
La
meute de chiens, menée par le sergent-chef, file vers la plage et se déploie
dans toutes les directions. Le sergent-chef demande questionne alors les
poissons et une petite sardine les renseigne.
-
Un jour, il y a longtemps, ma sœur a trouvé une bague.
-
Peux-tu me l’apporter ? La petite sardine plonge et remonte avec la bague.
-
Je dois absolument récupérer ce bijou car il appartient au roi de la ville aux
rasoirs. Donne-la moi et tu seras récompensée. La sardine remet la bague au
sergent-chef et celui-ci s’éloigne.
-
Et ma récompense ??
-
Ah …oui… et bien voilà : on va te rôtir sans t’écailler !
D’un
coup de gueule, le sergent-chef happe la sardine, les autres chiens font de
même, allument un grand feu de joie, font un grand festin et dansent autour du
feu avant de retourner à la ville aux rasoirs où le sergent-chef remet la bague
à Paulo.
Au
petit matin, le roi arrive devant le cachot de Paulo.
-
alors, as-tu retrouvé la bague perdue par mon épouse il y a 1000 ans ?
-
oui sire, la voici !
Stupéfaction
du roi qui lui dit :
-
bien, bien mais il manque un château à mon bonheur.
-
que voulez-vous dire, sire ?
-
j’aimerais avoir un château dans le bois juste derrière le jardin. Je te donne
jusqu’à demain matin pour le bâtir, sans quoi je te ferai hacher menu.
Paulo
est au désespoir, comment construire un château pour le lendemain matin ?
Mais,
tout à coup, dans un battement d’ailes, un colibri lui dit :
-
nous allons t’aider.
-
qui a parlé ?
-
c’est moi, Colibri. Cela faisait des lustres que nous n’avions pas dégusté un
tel nectar, nous voulons te remercier.
-
mais comment allez-vous faire ?
-
ne sais-tu pas que les colibris sont les meilleurs bâtisseurs de nids au monde,
des virtuoses de la construction ? Demain, il y aura un château, tu peux
t’endormir tranquillement.
Le
lendemain matin, en ouvrant sa fenêtre, stupéfaction du roi. Un fabuleux
château étincelait juste derrière le jardin. La reine n’en revient pas et
s’exclame
-
ce jeune homme mérite une récompense exceptionnelle !
-
mm, il s’est tout de même introduit d’une manière illicite dans notre palais
lui rappelle le roi.
-
mais regarde ces tourelles, ces statues de colibri au-dessus du portail, quel
sens du détail, c’est vraiment magnifique ! ce voyageur est le meilleur
sculpteur du royaume et il faut le remercier comme il se doit.
-
d’accord ma reine, je vais lui faire porter du pain rassis avec un peu de morue
salée
-
il n’en n’est pas question. Donne-lui ce qu’il est venu chercher !
Marie-Noëlle
Herbiet, d’après 24 CONTES
DES
ANTILLES, Illustration de couverture de Fred Sochard
©
Castor Poche Éditions Flammarion, 2004
© Flammarion pour la présente édition, 2022
Pourquoi les araignées ont la taille si fine
Molière
a dit « il faut manger pour vivre et non vivre pour manger ».
C’est
à cette dernière formulation que Père Araignée a décidé de consacrer sa vie.
Il
a un appétit d’ogre, un caractère de cochon, et un égoïsme …
Il
pense que son épouse et ses six enfants mangent beaucoup, beaucoup trop, et que
cela lui coûte cher, beaucoup trop cher.
Au
retour du marché le voilà qui croise Compère Lapin qui lui suggère d’aller
vivre reclus, ermite, loin des siens, au cœur de la forêt vierge. Père Araignée
trouve l’idée fort séduisante. Aussitôt, il part pour un Koh-Lanta solitaire au
fond des bois.
Une
cabane dégingandée, un champ défriché. Père Araignée est heureux. IL cultive et
mange. Il mange et cultive.
Pendant
ce temps, sa femme et ses petits vivent dans une case devenue un taudis. La
casserole est vide. Le placard crie famine. Elle pleure pour ses enfants toutes
les rivières du monde.
Un
jour, une fée entend ses pleurs et s’inquiète.
Fée :
Pourquoi pleures-tu toutes ces eaux ?
Maman :
Mon mari nous a abandonné, nous avons faim, nous avons froid. Je n’ai pas une
graine à donner à mes chéris.
Fée :
Où est-il ?
Maman :
Je n’en sais rien. Il est parti un beau matin sans se retourner.
Fée :
Il se cache dans la futaie par égoïsme et pour ne pas avoir à partager avec
vous.
Prends
ces baguettes, à l’heure du repas, tu frappes trois fois sur la table et tu
verras.
Maman
Araignée, à l’heure dite, installe ses rejetons autour de la table familiale,
elle prend les baguettes et frappe trois fois. Une marmite odorante, à l’air
fort sympathique arrive par les airs et se pose délicatement, pour ne pas
déborder, au milieu des assiettes. Tout le monde mange avec appétit et bonne
humeur. Il faut dire que c’est délicieux. Quand le faitout est vide et sale, il
s’en retourne chez lui.
A
chaque repas c’est le même scénario, la calebasse remplie de mets délicats
parfumés d’épices s’envole à tire d’aile et revient évidée un peu plus tard.
Père
Araignée s’intrigue, s’interroge, s’inquiète, devient colère et puis fureur.
Qui
ose s’attaquer à sa cuillère et sa gamelle.
Cette
fois-ci cela sera différent. Père Araignée cuit parfaitement puis attache la
cocotte avec une corde solide, à un arbre de mille ans d’âge.
Sauteuse
fumante s’envole à tire d’aile et revient évidée un peu plus tard.
Père
Araignée, fou de rage, l’estomac creux, s’attache au poêlon avec une corde
solide. A midi pétante pourtant, le récipient s’envole à tire d’aile. Il vole
haut, il vole vite.
Père
Araignée se prend toutes les branches hautes dans les pattes et au visage.
C’est
ainsi qu’il arrive chez lui, les traits en sang, les membres brisés et surtout
la corde enroulée autour de sa taille. Il a maintenant la taille fine.
Curieusement,
cette particularité s’est transmise génétiquement. Peut-être pour rappeler aux
Pères Araignées qu’ils doivent prendre soin de leur famille.
« La
nourriture est notre langage d’amour ». Qu’il en soit ainsi.
Réécriture
de Michelle Troupin.
Issu
des « Quelques contes créoles » recueillis par madame Schont ;
Potomitan , site de promotion des cultures et des langues créoles.
O Ce rond est-il rouge ?
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