Mensuel de diffusion d’informations sur l’oralité,
les
conteurs et les raconteurs.
Août
2026 – N°404
Editeur
responsable : Marie-Claire Desmette, av. E. Ysaÿe, 32/224 4053 Embourg
Au sommaire, ce mois-ci :
- 2 Articles
- Politique Pension des
artistes
- Spectacles – Veillées –Balades
- Formations
- 6 Histoires !!!
Maison
du Conte de Liège
La
404ième Veillée 7- Scène ouverte, spectacle de contes
quand ?
le vendredi 14 août 2026 à 19h
où ? Parc de Colonster, avenue des Erables, 4000 Liège
combien ?
4€
pour qui ? tout public
infos,
inscription pour conter : reservation
maisonconteliege@gmail.com; 0497/61.51.05, 0476/65.37.83
pas d’inscription pour assister.
Nous
sommes toujours à Colonster et la veillée commence à 19h.
Inspirations
non obligatoires : L’eau, la sécheresse, l’or bleu…. Votre inspiration à
vous sera la bienvenue.
La
Maison du Conte de Liège sera présente à
Retrouvailles à Liège
quand et
où ? les 5 et 6 septembre de 11h à 17h, section culture, parc de la Boverie à Liège.
A notre tonnelle, nous vous parlerons du conte en
général et de toutes les activités de la Maison ainsi que celles de ses
membres. Les conteurs de la Maison du Conte de Liège conteront près de leur
tonnelle et le dimanche dans une salle du musée.
Maison
du Conte de Liège
La
405ième Veillée du 7- Scène ouverte, spectacle de contes
quand ?
le vendredi 10 septembre 2026 à 19h où ? Parc de Colonster, avenue
des Erables, 4000 Liège
combien ?
4€
pour qui ? tout
public
infos,
inscription pour conter : reservation
maisonconteliege@gmail.com; 0497/61.51.05, 0476/65.37.83
pas d’inscription pour assister.
Nous
sommes à Colonster pour la dernière fois dans la saison.
Inspirations
non obligatoires : Le temps. Le
temps qu’il fait, le temps qui passe.Votre inspiration à vous sera la
bienvenue.
Indécente
Arnaque – campagne de presse.
Edito
Indécente mise pour ignoble.
Il était une fois un globe-trotter.
Dans la ligne de notre thème « l’eau » ? Au cours de ses voyages, il a certainement
rencontré la mer et les fleuves, les lacs et les rivières, les fontaines et la
soif. Donc oui, il est dans le thème.
Il s’appelle Julien
Blanc-Gras. Il a écrit des livres où le
voyage tient une grande place. Il a
gagné plusieurs prix. Ses livres sont en
vente sur Amazon. Un jour, il ouvre le
site et constate, à sa grande surprise, qu’à côté des livres qu’il a écrits,
est mis en vente Guide complet d’aventure : le manuel de survie du voyageur
moderne. Signé de son nom
complet. Alors qu’il ne l’a pas écrit.
Pour voir de quoi il s’agit, il le
commande. Il constate que les fautes
d’orthographes sont nombreuses. Les
erreurs factuelles aussi. Il est de fabrication rudimentaire, 134 pages avec
une mise en page peu soignée. Il coûte
quand même 17,05 €. L’auteur soupçonne une production par intelligence
artificielle générative, élaborée à partir de ses ouvrages ou d’informations
disponibles en ligne à son sujet. La couverture, elle, laisse peu de doute
quant à l'utilisation d'une intelligence artificielle. Le livre mêle conseils pratiques, vocabulaire
marketing et expressions artificielles. Certains thèmes peuvent rappeler les
livres de Julien Blanc-Gras, comme le voyage, l’imprévu ou l’adaptation en
déplacement, mais dans une forme standardisée. Il réclame auprès d’Amazon qui
retire le livre. Il se trouve encore sur
d’autres plateformes.
Que faire ? S’attaquer à l’Immense (mis
pour ignoble) Amazon ?
En Amérique ! Le véritable
éditeur, l’auteur et ses amis concluent que le jeu ne vaut pas la
chandelle. Ils préfèrent mener une
campagne de presse. Avec notre Mensuel
nous sommes une petite part de la presse et nous participons donc. Attention, combien d’autres auteurs ont été
piratés ?
Nous les praticiens de l’Imagination
Active, nous sommes de farouches partisans de la Propriété Intellectuelle
et des droits d’Auteur. M-Cl Desmette
Le
thème de notre mensuel : l’eau.
L’eau ou l’or bleu est
indispensable à la vie. Tantôt destructrice, tantôt source de vie,
bienfaisante, thérapeutique, à l’origine de conflits meurtriers, utile à
l’homme en lui donnant sa force et son énergie.
Depuis l’origine des temps, les
cours d’eau, les mers, les océans sont révérés, divinisés par les hommes. Nos
ancêtres voyaient certainement quelque chose de magique dans ce flux
ininterrompu et d’origine souvent mystérieuse, le nombre impressionnant de sources,
de rivières et de fleuves sacrés en témoigne.
Nous sommes nous-mêmes composés de
80% d’eau et nos larmes sont salées comme l’eau de mer…
L’eau que nous détournons, que nous
salissons, que nous polluons, que nous gaspillons, que nous utilisons à
outrance.
Comment ne pas frémir en voyant le
rétrécissement majeur de la mer d’Aral, où l’on trouve des gigantesques navires
rouillés, échoués au milieu d’un désert de sable ?
Comment ne pas s’interroger sur le
barrage d’Abou Simbel qui a définitivement interrompu les crues du Nil en aval,
sur le détournement du fleuve jaune en Chine ?
Comment ne pas être subjugué par
les chutes du Niagara, de Victoria en Afrique, les chutes d’Iguaçu au Brésil et
impressionné par El Salto Angel au Venezuela (la plus haute chute du monde, 807
m de haut) et dans notre belle province, par la cascade de Coo, la grande chute
creusée par les moines de l’abbaye de Stavelot pour protéger le village de
Petit-Coo ?
Comment ne pas être émerveillé
devant les étonnantes concrétions dans les grottes, concrétisation parfaite du
passage du temps et du travail de l’eau ?
L’eau qui abreuve, lave, soigne,
détend, rafraîchit.
L’eau qui inonde, tue, empoisonne.
L’eau qui travaille pour nous,
irriguant nos cultures, faisant tourner les pales des moulins à eau.
L’eau qui tombe du ciel, qui «
déluge » déjà chez les mésopotamiens, histoire reprise dans la bible, légende
universelle que l’on retrouve également chez les aborigènes d’Australie.
L’eau, notre bien le plus précieux
!
Nouvelles du monde
du conte, de la culture, de la politique
Pour toute correspondance,
l'adresse change : Rue Tillieux 58, 5100 Jambes.
L'adresse électronique reste la
même : maisonduconte.namur@gmail.com.
La
culture et la politique.
Le 7 juillet,
Elisabeth Degryse, (ff !) ministre de la Culture, est venue défendre son
projet de gouvernance culturelle. Elle
en a pris pour son grade. Exemple : « Ça fait deux ans que le secteur
se cherche une véritable ministre de la Culture » Fadila Laanan.
Cela va changer. En septembre, une réforme significative de la
gouvernance culturelle va figurer à l’agenda de la Fédération
Wallonie-Bruxelles. Parmi les 6 points
examinés, un inquiète la Fédération de Conteurs professionnels de
Belgique : diminuer le nombre de fédérations professionnelles, D’après Va-t-on
enfin dépolitiser la culture ? D’Alain
Lallemand in Le soir du 8 juillet.
La diminution des fédérations
professionnelles inquiète particulièrement la Fédération de Conteurs
professionnels de Belgique, qui est parmi les instances d’avis des spectacles
vivants.
Les fédérations professionnelles du
théâtre, par exemple, sont très nombreuses.
En réduire le nombre si nécessaire pourquoi pas ? La Fédé des conteurs
est seule de son espèce, il n’y a pas de raison de la faire passer à la trappe,
à mon humble avis, MCD
La
pension des artistes.
A la Commission de
la Chambre, Jan Jambon, ministre des Pensions, explique son projet d’exception pour
un certain nombre de professions : dockers, pêcheurs en mer, déchargeurs
et trieurs de poisson, travailleurs des arts.
Ces acteurs professionnels sont astreints à des périodes de chômage
occasionnel. La pension des pêcheurs et autres est calculée sur leur carrière
complète. Alors que, la sécurité juridique invoquée par le ministre fonde son
projet de remonter jusqu’en 1914 sur les statistiques du chômage pour
reconnaître la spécificité les artistes et leur pension. . Ce qui pénalise les
artistes âgés. Le secteur ne se laisse pas faire et a identifié le codage par
lequel l’Onem distinguait les jours d’indemnisation particuliers aux artistes,
ce qui permet de remonter jusqu’en 1991.
Le secteur fait aussi remarquer qu’il s’agit vraiment de chômage pour
les pêcheurs et autres, tandis que pour les artistes, il s’agit d’intermittents
et de préparation de projet. Rien
n’empêche donc Jan Jambon de remonter jusqu’en 1991 et de ne pas pénaliser les
artistes âgés.
M-Cl Desmette d’après Degryse
très préoccupée par l’impact du projet Jambon sur la pension d’artistes par Alain Lallemand in Le Soir du
4 juillet. Et Bataille
de chiffres autour de la pension d’artiste par Alain Lallemand du 13 juillet
2026.
Le 16 juillet, vote à la Chambre. Le projet de Jan Jambon est voté sur
base des statistiques
de l’Onem de 2014. 83 pour/30 contre/20 abstentions. Recours
au Conseil d’Etat des Fédérations d’artistes. A suivre.
Spectacles
– Veillées – Balades
Maison du Conte de
Charleroi
- le samedi 1er
août à 14h30 et 16h30, Une graine
dans l'oreille
par Yann Lejeune.
La Ruche Théâtre Royal, 1, avenue
Meurée 6001 Marcinelle
Tarif malin : En réservant dès maintenant,
vous profitez du prix réduit de l'Été Divert'Festival
à 5 € seulement (au lieu de 8 € sur
place).
Informations et réservations :
https://www.billetweb.fr/une-graine-dans-loreille
Spectacle jeune
public à partir de 6 ans.
- le samedi 8 août
2026 à 15h00, Chaperlipopette
avec
Pascale Baeyens (Pascalou)
Le Poche Théâtre (Rue du Fort, Charleroi)
Tarif malin : En réservant dès maintenant,
vous profitez du prix réduit de l'Été Divert'Festival
à 5 € seulement (au lieu de 8 € sur
place).
Informations et
réservations : https://www.billetweb.fr/chaperlipopette.
Un spectacle
spécialement conçu pour les enfants de 0 à 5 ans.
- le samedi 8 août
2026 à 20h00, Une scène, mille univers, scène ouverte
Le Poche Théâtre de Charleroi (Rue du
Fort, Charleroi)
Vous venez en spectateur ? Tarif : 10 €
(avec une boisson offerte)
Réservations :
https://www.billetweb.fr/scene-ouverte20
Vous souhaitez monter sur scène ? Gratuit
pour les artistes.
Inscriptions :
https://www.contecharleroi.be/scene-ouverte-2026-inscriptions/
Que vous soyez
conteur, slameur ou improviconteur, la scène vous appartient.
- le vendredi 28
août à partir de 20h. balade
contée nocturne
Dans le cadre de la Maison de village de
Jamiolle (Rue des Barrages 5b),
Bientôt plus d’infos !
Conte en balade
- le 2 août à 15h, Parc
Jacques Brel
avec Carole Lwazo et Sandra Vincent
RV face n°271, avenue Kersbeek ?
1190 Forest.
- le 9 août à 15h, Jardin
du Fleuriste,
avec Célandine Antoniucci et Christine Hortman
RV croisement avenue Jean Sobiesky et
avenue des ébéniers, 1020 Laeken.
- le 16 août à 15h, Lion
City
avec Sylvie Alexandre et Khaled El Naanaa
RV rue
Osseghem 53, 1080 Molenbeek-St Jean.
- le 23 août à 15h, Parck
Farm, avec Ludwine
Deblon et la guide nature Françoise Baus
RV 201, boulevard du Jubilé, 201,
Molenbeek-St-Jean.
- le 30 août à 15h, Parc
des Sources
avec Pascal Mitsuru Guéran et Kyung Wilputte
RV au bout de la petite rue Kelle, 1150
Woluwé-St-Pierre.
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Réservation : 0497/78.20.75 conteenbalade.be/programme
Combien ?
Prix libre. Accessibles aux PMR accompagnés
- le vendredi 7
août à 19h30, Zapero-contes Charleroi. Participation au chapeau.
au Livre ou Verre, 6, passage de la
Bourse - 6000 Charleroi. Scène ouverte
animée par Ahmed Hafiz.
Infos au
0477/22.89.39. Réservations non obligatoires.
Infos et
Inscriptions pour conter : zapérocontes.carolos@gmail.com
- le dimanche 9août
à 10h, Philofolies de Nasrédine et autres
contes de soleil
balade contée par Gaëlle Commas.
RV Brasserie Elfique, Raborive 2, Au
chapeau.
Infos, réservation indispensable :
0497/32.32.82 ; contes@1001nuits-aywaille.be
Maison
du Conte de Liège
La
404ième Veillée du 7- Scène ouverte, spectacle de contes
quand ?
le vendredi 14 août 2026 à 19h
où ? Parc de Colonster, avenue des Erables, 4000 Liège
combien ?
4€
pour qui ? tout public
infos,
inscription pour conter : reservation
maisonconteliege@gmail.com; 0497/61.51.05, 0476/65.37.83
pas d’inscription pour assister.
Nous
sommes toujours à Colonster et la veillée commence à 19h.
Inspirations
non obligatoires : L’eau, la sécheresse, l’or bleu…. Votre inspiration à
vous sera la bienvenue.
Aurélie Béco
- le 28 août à
19h, Au fil des histoires, aux Serres du
Jardin Botanique de
Liège (https://www.facebook.com/serres.amis.7/), rue Fusch 3,
4000 Liège
Contacts: info@botaniqueliege.be ou Tel:
0496/ 71 44 98
Spectacle de
contes intimiste, poétique, clownesque et qui fait réfléchir.
- le mardi 4
août à 17h Ah quelle soupe les amis ! à Vielsalm
dans le cadre du petit marché des
producteurs locaux (place en Vosges, près de la gare).
Conte clownesque
d'aventures et de rencontres. Pour
enfants avec dégustation de soupe.
- le 30 août à 14h.30, Scène Ouverte de Mons-Tournai et Cie, au Jardin Suspendu à Mons.
Au chapeau.
Inscriptions : christian.veheyden@gmail.com (0472/041527)
paulema@scarlet.be (0477-225647)
Venez avec un
conte (durée approximative : entre 2 et 10 minutes), une chanson, un slam,
une poésie,
Formation
– Atelier
Ecole du Conte
- le 16 septembre
2026, de 10h à 17h Initiation au Théâtre forum par le Collectif
Libertalia. Gratuit.
activités participatives : jeux théâtraux (développant la confiance, la rencontre, la présence) ;
exercices d’expression (verbale et non
verbale)
Utiliser le
théâtre comme outil de réflexion collective et de changement social.
- le 28/29
septembre de 9h30 à 17h30 – 22 octobre 2026 de 9h30 à 17h30 & 23 octobre de
9h30 à 12h30
Body
Percussion et rythme de la parole par Lydie Thonnard
Accessible à tous·es et à tout âge. 240
euros.
La bodypercussion
est l’utilisation du corps comme instrument pour produire des sons. En frappant
différentes zones de son corps (pieds, mains, torse, cuisses, …) il est
possible d’obtenir une palette de plusieurs sons avec lesquels il est possible
de créer des « mélodies rythmiques ».
____________________________________________________________________________________________________________________________
Théâtre de la
Parole, rue du Rouge-Cloître, 1160 Auderghem. 02/736.69.5.
Infos :
inscription : info@theatredelaparole.be
Maison du Conte et
de la Littérature
- le mercredi 23
et le jeudi 24 septembre, Lieux et
Oralités
par Amandine Orban de Xivry,
Informations et inscriptions : www.conteetlitterature.be ou 010/81.41.47.
PAF : 170€
Formation
professionnelle : comment raconter dans des lieux très divers en tant que
conteur et conteuse.
L’oiseau
de pluie
Version orale
C’est le soir...l’air est doux... Un petit garçon est assis devant sa maison,
il regarde le champ où son père a planté du manioc. ! Il adore le manioc,
Kadi ! C’est avec ça que les femmes cuisent les bonnes galettes dans son
village africain !
Chaque soir, il vient compter les nouvelles
pousses qui explosent comme de petites étincelles vertes.
Mais ce soir, il est inquiet. Les
pousses sont devenues jaunes, brunes, elles sont toutes sèches. S’il ne pleut
pas bientôt...pas de manioc...pas de bonnes galettes !
L’autre jour, sous l’arbre à
palabres, il a entendu un conteur qui parlait d’une chanson pour faire tomber
la pluie... Est-ce vrai ? Comment savoir ???
Ma grand-mère ! Elle
connaît plein de contes et de légendes !
« Grand-mère...tu connais la
chanson de la pluie ? »
- Autrefois, les villageois la
chantaient au son du tam-tam, mais il y a tellement longtemps de
cela !
Mon père ! Il connaît
tout !
« Papa, tu connais la chanson
de la pluie ? »
Son père est occupé et a bien
d’autres choses à faire !
« Ce sont des histoires de
vieux ça, Kadi, une chanson ne peut pas faire pleuvoir ! »
Le grand sage ! Il connaît
tous les secrets et même des formules magiques !
« Je ne connais pas cette
chanson, Kadi, nous, les humains, l’avons oubliée, mais je sais qu’il existe un
oiseau extraordinaire. Lui, il la connaît, lorsqu’il chante, la pluie se met à
tomber ! »
- Et si on avait cet oiseau dans
notre village, crois-tu que notre champ serait arrosé et que nous aurions du
manioc ?
- Sans doute Kadi, mais il vit
loin, au-delà des collines, il se cache dans un baobab et ne se montre jamais.
Qui pourrait ramener un tel oiseau au village ?
Oh ! L’oiseau de pluie
existe ! Ça, ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd ! Le petit
Kadi va aller à sa recherche !
Et le voilà parti le lendemain à
l’aube avec ses meilleures sandales, un petit baluchon, une gourde et un sac
rempli de graines et de fruits pour l’oiseau. Alors qu’il traverse la brousse,
il entend crier :
« Où vas-tu Kadi ? Où
vas-tu Kadi ? »
Kadi lève la tête et aperçoit un
perroquet à travers les branches d’un arbre.
- Je vais à la recherche de
l’oiseau de pluie.
- Je n’aime guère cet oiseau qui se
permet de chasser le soleil, alors si tu veux, je peux t’aider, je peux
t’aider ! Je sais très bien imiter son cri :
PLUI...PLUI...PLUI... !
Et voilà Kadi qui poursuit sa route
en compagnie du perroquet.
Un peu plus loin, surgit un singe,
caché dans les buissons. C’est un tout petit singe qui a l’air farceur, un
petit macaque :
« Bonjour Kadi, bonjour
perroquet, où allez-vous ? »
- Nous cherchons, nous cherchons …
- L’oiseau de pluie
- Alors je peux aller avec vous, je
sais fabriquer des pièges pour attraper les oiseaux
-Tu ne les aimes pas ?
- Ni plus ni moins mais quand il y
a un bon tour à jouer, je suis là !
Et voilà Kadi qui poursuit sa route
avec le macaque et le perroquet.
Ils marchent longtemps, gravissent
des collines et arrivent sous un grand baobab. Et si c’était l’arbre de
l’oiseau de pluie ? Kadi, épuisé, s’endort. Pendant ce temps, le macaque
rassemble des branchages et fabrique un piège, il y place des fruits et des
graines. Le perroquet se pose à l’entrée et se met à crier :
PLUI...PLUI...PLUI... !
Les branches bougent, un oiseau est
là, on ne le voit pas, il se confond avec le feuillage, mais attiré par le
chant, il s’aventure à l’entrée du piège... le macaque bondit ! Le pauvre oiseau est emprisonné ! Le
singe et le perroquet réveillent Kadi.
Kadi glisse l’oiseau dans son sac
et voilà les 3 amis de retour au village. On a eu peur au village, où avait
disparu Kadi ? Ils sont acclamés comme des héros ! Les villageois
construisent une belle cage, tout en branchage avec des recoins, un nid, une
baignoire.... un vrai palace pour un oiseau ! Ils ferment la porte avec
une petite clé dorée. Chaque jour, ils viennent le saluer et lui apportent des
graines et des fruits savoureux. Mais l’oiseau ne chante pas... Que peut-il
vouloir de plus...sa maison est belle ! Le perroquet l’encourage !
PLUI...PLUI...PLUI......Mais l’oiseau ne chante pas !
Kadi retourne chez le grand sage.
« Je t’attendais,
Kadi ! »
Le grand sage entre dans sa case,
suivi du petit garçon. Il ressort immédiatement et ferme la porte.
Kadi a peur, là, seul dans
l’obscurité, la porte ne s’ouvre pas, fermée par un verrou. Il se met à
pleurer.
Après quelque temps, le grand sage
ouvre la porte : « Pourquoi ne chantes-tu pas au lieu de pleurer,
Kadi ? »
-Tu crois que j’ai envie de chanter
alors que je suis enfermé dans ta maison ?
-Elle n’est pas belle ma
maison ? Kadi comprend !
Il rentre au village, regarde
l’oiseau en cage, lui parle, prend sa petite clé dorée et ouvre la porte.
L’oiseau s’envole, se met à
chanter : PLUI...PLUI...PLUI...et une douce pluie tombe sur le village.
Réécriture du conte traditionnel africain par Béatrice Fagard.
La
trêve de l’eau
La loi de la jungle, une des plus
vieilles lois du monde, a prévu presque tous les accidents qui peuvent arriver
au peuple de la jungle.
Baloo arrive près de Mowgli en se
dandinant : tu sais, Mowgli, la loi est comme la liane géante, elle tombe
sur le dos de chacun et nul ne lui échappe.
Typiquement le genre de phrase qui
entre dans une oreille et en ressort aussitôt par l’autre.
Mais une fois l’été, les paroles de
Baloo se sont vérifiées et toute la jungle est courbée sous la même loi.
Ce sont les pluies d’hiver qui ont
commencé par manquer et Sahi, le porc-épic, a bien fait rire Mowgli en lui
signalant que les ignames sauvages sont tout desséchés. Tout le monde sait
qu’il n’y a pas plus difficile que Sahi le porc-épic.
Dis donc toi, tu vas toujours
plonger dans la rivière ?
Oh non, l’eau est trop basse et je
n’ai pas envie de me fracasser la tête !
Au printemps, l’arbre de la
sagesse, le Mowha n’a pas porté pas de fruits et ses fleurs n’ont pas éclos.
Petit à petit, la chaleur, qui n’a
pas été tempérée par les pluies, s’est insinuée jusqu’au cœur de la jungle.
Tout, absolument tout est grillé,
les mares sont asséchées, les lianes et les bambous dépérissent.
Les oiseaux et le peuple singe
partent vers le nord, les daims et les sangliers envahissent les champs
dévastés des villages. Seul Chil le vautour reste et engraisse.
Mowgli commence à avoir faim,
devant se contenter de miel rance raclé sur des rochers ayant servi de ruches
et de quelques vermisseaux.
Bagheera se plaint : ah, le
gibier est tellement maigre que je dois tuer au moins trois fois pour manger
presqu’à ma faim !
Mais le pire, c’est le manque
d’eau, le peuple de la jungle doit boire à sa soif.
La chaleur s’amplifie, pompant
toute l’humidité et la rivière Waingunga, si large, ne charrie plus qu’un mince
filet d’eau entre ses rives calcinées.
Et quand Hathi, l’éléphant sauvage,
le sage parmi les sages, voit apparaitre une sorte de longue et maigre échine
de rochers bleus à sec au milieu du courant, il reconnait le roc de la paix.
Immédiatement il lève sa trompe et
proclame la trêve de l’eau, comme son père avant lui l’avait proclamée des
années auparavant.
Le cerf, le sanglier et le buffle
reprennent le cri et Chil le vautour, volant en grands cercles, siffle l’avis
au loin.
Quand la trêve de l’eau est
proclamée, tout qui tue aux abreuvoirs est puni de mort pour la bonne raison
que la soif passe avant la faim.
Hathi, le gardien de la trêve, se
tient en amont, dans un coude d’eau autour du roc de la paix, avec ses trois
fils, décharnés.
Juste en dessous, les cerfs, en
dessous les sangliers et les buffles sauvages. Sur l’autre rive, les mangeurs
de chair : tigres, loups, panthères, ours et les autres.
Bagheera se vautre dans
l’eau : ah, tout le monde est sous le joug d’une seule loi et bonne chasse
à vous tous de mon sang ! Elle ne peut s’empêcher de susurrer entre ses
dents : s’il n’y avait pas la loi, quelle bonne chasse cela ferait ce
soir...
Les cerfs, oreilles dressées en
permanence, s’affolent immédiatement et un murmure de frayeur s’étend le long
de leurs rangs. La trêve ! La trêve, rappelez-vous la trêve !!
Hathi se redresse : Bagheera,
ce n’est vraiment pas le moment de parler de chasse.
Oui Hathi, je le sais, moi qui ne
mange plus que des tortues ou des grenouilles. Si je pouvais me contenter de ne
mâcher que de l’herbe ou des branches !
Et nous donc, bêle un tout jeune
faon, provoquant des rires parmi tous les animaux.
Bien parlé, ronronne Bagheera,
quand la trêve prendra fin, je saurai m’en souvenir en ta faveur, et elle darde
son regard sur lui afin de bien le reconnaitre.
Mais Hathi, combien de temps cela
va-t-il encore durer, demande Mowgli ??
Cela passera, comme tout passe, les
amis, courage et la trêve de l’eau est là pour tous nous aider !
Un silence, et dans un léger
feulement, apparait Shere Khan le tigre boiteux.
Il gronde ah toi, petit d’homme
tout nu, qui n’est ni un homme ni un petit puisque tu n’as pas peur, j’espère
bien que la saison prochaine je ne devrai pas te demander la permission de
boire !
Peut-être, peut-être bien gronde
Bagheera. Pouah, Shere Khan, quelle nouvelle honte as-tu amené avec toi ??
En effet, en trempant son menton
dans l’eau, de longues trainées noirâtres descendent au fil de l’eau. C’est de l’homme, répond froidement le tigre.
J’ai tué, il y a peu.
La ligne des bêtes frémit et un
cri : l’homme, l’homme, il a tué l’homme !!!
N’y avait-il pas un autre moment ni
un autre gibier pour tuer l’homme s’écrie Bagheera en sortant de l’eau.
J’ai tué par goût, non par besoin.
Un murmure d’horreur et tous les
regards se tournent vers Hathi qui tourne son œil blanc vers le tigre.
Oui, par goût et maintenant je
viens boire et me nettoyer. Qui m’en empêchera ?
Bagheera arque déjà son dos mais
Hathi lève sa trompe : c’est par goût que tu as tué ?
Mais oui, c’était mon droit et ma
Nuit, tu sais, ô Hathi.
Oui, je sais. As-tu bu
suffisamment ?
Pour cette nuit, oui.
Alors, va-t’en ! La rivière
est là pour y boire et non pour la salir. Personne d’autre que toi ne serait
vanté de son droit dans un moment pareil, alors que nous souffrons ensemble,
hommes et peuple de la jungle.
Propre ou non, retourne à ton
antre, Shere Khan, trompette Hathi, ses trois fils avançant d’un pas.
Shere Khan s’esquive sans un mot et
Mowgli demande à Bagheera : quel est ce droit dont a parlé Shere
Khan ?
Je ne sais pas, Mowgli, je ne sais
pas.
Alors prenant son courage à deux
mains, le petit d’homme a demandé à l’éléphant.
Quel est ce droit, ô Hathi ?
Et c’est cette nuit-là que Hathi a
raconté comment vint la crainte et comment le premier tigre apprit à tuer
l’être sans poil et quel mal en fut la conséquence.
Mais ceci est une autre histoire …
M. N Herbiet d’après R. Kipling
Saint
Romain et la Gargouille
Au temps du temps jadis, la ville
de Reims était entourée de marécages. Propices à la culture maraichère. Comme beaucoup d’autres villes. Certaines le pratiquent encore sous le nom
d’hortillonnages.
Hélas, un énorme et hideux dragon
hante les lieux. Les habitants le
nomment Gargouille. Le dragon dévore
tout ce qui vient à sa portée : hommes, animaux. Son haleine pestilentielle
provoque des maladies chez ceux qui travaillent dans le marais. Les habitants en ont assez, font appel à
Romain, l’évêque de Reims.
L’évêque Romain a la réputation
d’être un saint homme. Charitable. Il est aussi instruit et il est même
l’exorciste officiel. Il connaît les formules
pour traquer le mal sous toutes ses manifestations. Il est donc l’homme de la situation.
- Oui, à une condition. Un homme m’accompagnera.
… Je connais l’exorcisme spécial
contre un dragon.
Crux
sacra sit mihi lux
Non draco sit mihi du
Vade
retro satana
Numquam suade mihi vana
Sunt mala quae libas
J’ai confiance
dans l’efficacité de l’exorcisme. J’ai
confiance en l’eau bénite. J’ai confiance en mon chapelet.
Mais quand même. Pour asperger le
dragon d’eau bénite, il faut être près de lui.
Je ne peux pas avoir peur mais
quand même. Un compagnon serait réconfortant.
En plus, j’ai besoin d’un homme pour porter le seau d’eau bénite et le
goupillon. Et le livre des exorcismes si
j’ai un trou de mémoire. Je ne vais pas
dire cela aux gens.
- L’homme qui
m’accompagnera sera le signe de votre participation.
Les hommes se
regardent. Qui va être leur héros ? Personne.
Aucun ne fait un pas en avant.
- Moi, moi,
moi.
Un prisonnier
secoue les barreaux de sa prison.
- C’est Bernard !
Bernard est un
ancien soldat. Amoureux de la dive
bouteille et des bagarres. Il a été
incarcéré hier soir, après avoir presque démoli son meilleur ami.
- Libérez-le, il sera mon compagnon.
L’évêque et le
prisonnier s’avancent, partagés entre confiance, crainte, courage.
Le dragon
Gargouille les voit arriver. Il sort le
grand jeu. Haleine pestilentielle, ailes
largement déployées, crocs et griffes en évidence, il joue de toute sa taille,
de toute sa méchanceté.
L’évêque
continue d’avancer. Il s’interdit
d’avoir peur. Il brandit le goupillon.
Dans les mains du prisonnier, le seau à eau bénite cliquote.
Suivant la
bonne façon des saints sauroctones, l’évêque Romain, s’approche du dragon,
l’asperge d’eau bénite, l’entoure de son chapelet et l’emmène au milieu de la
place de Reims. Les Rémois, tout à coup
courageux, tuent le dragon devenu inerte et le brûlent.
Pendant
longtemps, les Rémois ont représenté le combat de Saint-Romain contre
le dragon et ont libéré un condamné. Pas un trop méchant !
Le nom de
gargouille a été donné à toutes les gouttières
ornées d’une bouche monstrueuse qui décorent les
cathédrales. Aux plus horribles, au
mieux.
Réécriture
de M-Cl Desmette, d’après St Romain et le dragon Gargouille, in Et Dieu
créa les animaux de Allain Bougrain-Dubourg et Marcel Clébant.
L’exorcisme est extrait de De exorcismis et supplicationibus
quibusdam,
Libreria Editrice Vaticana, 2003. (ISBN 88-209-4822-2).
Les Rémois ont-ils donné ce nom à
consonance comique à leur terrible dragon, comme les Montois appellent le leur
« Lum’çon », limace ?
L’humour populaire pour, d’une façon, contrer la peur,
Sauroctone est bien le terme exact appliqué aux saints qui ont tué un dragon. Le plus célèbre est Saint Georges. A Mons, l’eau bénite et le chapelet ont été remplacés par la lance et le pistolet. Plus sûrs actuellement. Je me demande de quelle grandeur était le chapelet pour faire le tour du cou du dragon.
Petit Dragon d’Or et la pluie
Tout en haut du ciel des dragons,
il y a l’empereur, l’Empereur des Dragons. Il est entouré des quatre Grands
Dragons : le Dragon de l’eau, le Dragon de l’air, le Dragon du feu et le
Dragon de la terre. Les Grands Dragons
sont aidés d’un cabinet de spécialistes.
Par exemple, pour le Grand Dragon de l’eau, il y a le Dragon de la
pluie, le Dragon des océans, des fleuves, des lacs, des fontaines, des sources,
etc… Et ainsi pour les autres Grands
Dragons. Le ciel des dragons est peuplé
de compétents. J’allais oublier les
petits dragons, encore trop jeunes pour avoir une affectation. Parmi eux, le Petit Dragon d’Or. Un original, celui-là. Il aime aller sur la terre, il s’entend bien
avec les humains et joue avec les enfants.
Un
jour, l’Empereur des Dragons décrète trois jours de fête pour son
anniversaire. Des festivités de toutes
sortes. Musique, théâtre, danse, sports,
jeux de société. Et surtout
banquets. Beaucoup manger et du bon,
beaucoup boire et du bon.
Le
Petit Dragon d’Or n’aime pas s’empiffrer, boire plus que de raison, ni rester
longtemps à table. Pendant les trois
jours, après avoir mangé et bu à son appétit, il va se promener dans le beau
jardin des dragons. Le troisième jour,
il entend pleurer. Il regarde vers la
terre. A son grand étonnement, il voit
la grande terre de Chine complètement sèche.
Plus une pousse verte. Les
rizières sont à sec. Les feuilles des
arbres pendent tristement.
Il
descend sur la terre, arrive dans la cour d’une ferme. Une petite fille pleure :
- Petit Dragon d’Or,
aide-nous. Il n’a pas plu depuis trois
ans. Plus rien ne pousse. Nous avons épuisé toutes nos réserves, nous
allons mourir de faim et de soif.
Le Petit Dragon d’Or se rend compte
qu’un jour au ciel des dragons correspond à une année sur la terre. Il remonte, cherche et trouve la jarre du
Dragon de la Pluie. Elle est pleine. Pendant les trois jours de fête, le Dragon de
la pluie ne s’est occupé qu’à manger et boire.
Surtout boire. Il est couché,
cuve son vin. Le Petit Dragon d’Or va
secouer le Dragon de la pluie :
- Réveille-toi. L’Empereur t’ordonne de faire pleuvoir sur la
terre.
Le Dragon de la pluie émerge de son
sommeil alcoolique, se traîne près de sa jarre, la renverse à grand peine.
Il
pleut sur la terre. Les humains
accueillent la pluie avec des chants et des danses. Ils boivent les gouttes. Ceux qui avaient encore de provisions, les
partagent. Les humains font la fête à
l’espoir, chantent : Merci Petit Dragon d’Or.
Au
ciel des dragons, il y a toujours quelqu’un pour rencarder.
- Dragon de la pluie, le Petit
Dragon d’Or t’a menti. L’empereur n’a
rien ordonné.
Le Dragon de la pluie va se
plaindre auprès de l’Empereur. Le Petit
Dragon d’Or est convoqué.
- Tu t’es permis de donner un ordre
à ma place. Tu as menti. Où va mon autorité ?
- Majesté, il y avait urgence. J’ai cru bien faire ….
- Tu es condamné à mort.
Le Dragon du vent et le Dragon des
Tempêtes plaident, décrivent la terrible situation de la grande terre de Chine
et de ses habitants, les humains, les animaux, qui mouraient de faim et de
soif. Ils redisent
- Il y avait urgence.
- Soit. Petit Dragon d’Or, tu es condamné à aller
vivre sur la terre. Après une année, tu
seras brûlé.
Le
Petit Dragon d’Or est bien accueilli sur la terre. Il vit pendant une année avec la petite fille
et ses amis de la ferme. Après une
année, les humains envoient vers l’empereur des dragons, un Petit Dragon d’Or
de feu et de lumière. L’empereur est
satisfait. S’il avait fait plus
attention, il aurait vu qu’on lui avait envoyé un feu d’artifice. Le Petit Dragon d’Or vit peinard chez les
humains. Il grandit. Tous les ans, on lui fait fête. Vous y avez peut-être assisté.
M-Cl Desmette d’après un conte chinois.
Au temps où j’ai recueilli ce conte, j’avais la mauvaise habitude de ne pas noter mes références. Ma mémoire me dit que je l’ai trouvé dans un recueil de contes chinois, publié à Pékin dans les années 90. J’ai prêté le livre qui ne m’est jamais revenu.
Aline et le nuton nageur
C'était au temps jadis, au temps
d'avant. Au temps sans électricité. En ce temps d'avant, il y avait un village
le long de l'Amblève. Au bout du
village, une petite maison. Dans la
petite maison, une petite famille. Le
papa, Grand Paulin loue la force de ses bras aux fermes des environs. Aline, la maman, lave le linge pour les
gens. En ce temps d'avant l'électricité,
il y avait des machines à laver ?
Non. Aline lave le linge dans
l'Amblève. Grand Paulin et Aline ont un
fils, Petit Paulin, trois ans et dix mois.
Le travail de Petit Paulin, c'est découvrir et grandir.
Ce matin-là, Aline se prépare à
aller laver son linge. Elle charge sa
brouette avec son matériel, le linge à laver, Petit Paulin par-dessus et en
route. Un chemin facile, cinq minutes et
elle y est.
Lessiver, c'est faire passer l'eau
savonneuse à travers le linge. Pour
cela, elle a un battoir, une sorte de tapette en bois. Une planche à laver, une planche en bois
strié. Et une brosse pour les taches
vraiment récalcitrantes. N’oublions pas le savon, Aline le fait elle-même avec
du suif de chèvre, des cendres, des saponaires, ce sont des herbes qu'on trouve
sur les talus, encore maintenant.
Mouiller, savonner, battre,
frotter. Rincer, tordre.
- "Petit Paulin, ne va pas si
près de l'eau. Henri Crochet va
t'attraper et te noyer."
Petit Paulin a peur pendant … 5
minutes.
Mouiller, savonner, battre,
frotter.
Aline reprend son travail.
Mouiller, savonner, battre, frotter.
Rincer, tordre.
- "Petit Paulin, Petit Paulin,
où es-tu ? Petit Paulin ! Petit Paulin !"
- "Coucou, Maman."
- "Pffffft. Quel garnement ! Et ça n'a pas encore quatre ans !"
- "Aline."
- "Le nuton nageur !"
Il faut savoir. Aline se trouve ici ; L'eau coule comme
ça. A côté d'Aline, il y a la Grotte des
Nutons. Les nutons y habitent. Il y a des trous comme des fenêtres et à un
d’eux, il y a la tête du nuton nageur, le seul nuton à aimer l'eau et savoir
nager.
- "Le nuton nageur !"
- "Aline, qu'est-ce que je
t'avais demandé ?"
- "Ecoutez, Monsieur le Nuton
nageur, pour venir ici, j'ai un bon petit chemin, facile, cinq minutes à
peine."
- "Aline, qu'est-ce que je
t'avais demandé ?"
- "De ne plus laver mon linge
de ce côté-ci de votre grotte."
- "Et pourquoi je t'avais
demandé cela ?"
- "Parce que vous n'aimez pas
boire de l'eau savonneuse."
- "Et tu comprends cela, Aline
"
- "Oui, Monsieur le Nuton
nageur."
- "Alors ?"
- "D'accord, Monsieur le Nuton
nageur. Je vous obéirai. Mais aujourd'hui, il ne me reste plus que
deux draps à rincer. Je peux rester ici
?"
- "D'accord, le mal est fait,
de toute façon."
- "Merci, Monsieur le Nuton
nageur"
Aline rince les draps.
- "Maman, j'ai faim."
- "Tout de suite, Petit
Paulin, j'ai bientôt fini."
- "Ça y est, on s'en va, Petit
Paulin. Petit Paulin, Petit Paulin
! Il sera retourné tout seul, le
garnement."
A la maison, Grand Paulin est déjà
rentré, il prépare le souper.
- "Non, je n'ai pas vu Petit
Paulin."
Une odeur de gaufre, l'odeur
délicieuse du sucre caramélisé vient de la maison voisine.
- "Non, je n'ai pas vu Petit
Paulin."
Cette fois, tout le village s'en
mêle, recherche Petit Paulin.
La nuit est tombée. Les recherches s'arrêtent.
Grand Paulin et Aline rentrent chez
eux. Ils ne peuvent pas s'empêcher
d'imaginer.
Quelle nuit, ils passent. Ils se serrent fort pour être inquiets, pour
être malheureux ensemble.
Le lendemain matin, Aline prend ses
économies, va chez Madeleine du Pas Bayard.
Madeleine du Pas Bayard sait des choses que les autres ne savent pas,
elle voit ce qui est caché.
- "Tiens." Aline tend l'argent.
- "J'ai gros cœur de te
prendre ton argent, ma pauvre. Mais tu
le sais : Magie pour rien, magie de rien."
- "Je sais. Dis-moi, Petit Paulin est-il … ? Est-il vivant ? Est-ce que je le reverrai ?"
Madeleine du Pas Bayard prend une
bassine, la remplit d'eau.
- "Souffle dessus,
Aline."
- "Ton Petit Paulin, n'est pas
mort. Tu le reverras."
- "Quand ?"
- "Je ne sais pas. Je vois trois. Trois jours, trois semaines, trois ans, je ne
sais pas."
Aline va travailler, il n'y a pas
d'avance. Elle suit le Laid Chemin,
c'est dire s'il est difficile. Elle
arrive de l'autre côté de la grotte, se met au travail. Mouiller, savonner, battre, frotter. Rincer, tordre. Des larmes coulent sur le linge. Le
lendemain, même chose.
Le jour d'après, aussi. Troisième jour, l'espoir dans le cœur
d'Aline. On ne sait jamais. Mais non, n'espérons pas trop.
- "Maman !" A un trou
comme à une fenêtre, la bonne tête du Petit Paulin.
- "Petit Paulin !" Aline s'élance, veut escalader le rocher.
- "Ne monte pas, Aline, nous
arrivons." Le Nuton nageur.
Dans l'eau deux poissons. Ils prennent pied. Aline s'élance sur son fils, l'embrasse de
toutes ses forces.
- "Maman, tu m'étouffes."
- "Dites-moi, Monsieur le
Nuton nageur, que s'est-il passé ?"
- "Ton garnement de fils est
tombé dans la rivière. Je l'ai rattrapé
par le fonde la culote et je l'ai amené dans notre grotte."
- "Pourquoi pas à moi ?"
- "Pas avant d'être sûr que tu
m'obéirais."
- "Quand même, quand même, Monsieur
le Nuton nageur … !"
- "Je me suis bien amusé, tu
sais, maman."
- "J'en ai profité pour lui
apprendre à nager. Ainsi, plus de
problème quand il tombera à l'eau."
Depuis ce jour, Aline va toujours
bien du bon côté de la grotte des Nutons, qui ne boivent plus de l'eau
savonneuse.
Maintenant, Aline crie :
- "Petit Paulin, ne va pas si
loin » Vous savez comment sont les mères.
M-Cl Desmette, d’après un conte entendu dans un spectacle conté. Bon souvenir d’une conterie où les enfants étaient nombreux. Je n’ai rencontré un nuton nageur dans aucun autre conte.
Grandeur d’âme
Un chien
Terre-Neuve et un Mâtin, un grand et gros chien de garde, se battent chaque
fois qu’ils se rencontrent. Personne ne
sait qui a commencé. Un jour, ils se
battent sur la jetée d’une ville portuaire.
Ils tombent à l’eau. Impossible
de remonter sur la jetée ni sur les quais.
Le Terre-Neuve nage sans problème et va vers la côte. Sorti de l’eau, il s’aperçoit que le Mâtin
peine et va se noyer. Il se jette à
l’eau, soutien le mâtin la tête hors de l’eau et l’amène sur la rive en
sécurité.
Les deux
chiens sont devenus de bons amis.
Réécriture de M-Cl Desmette, in Et Dieu créa les animaux de Allain Bougrain-Dubourg et Marcel Clébant Quand les criminels de guerre de la triste actualité se conduiront comme des chiens, le monde ira mieux.
A la Saint Médard
Tout le monde le sait, s’il pleut à
la Saint- Médard, on en a pour quarante jours de pluie. Tout le monde le dit. Il l’avait oublié. Il pleut.
En Belgique, on dit il drache. Le ciel liquide lui tombe sur la
tête. Il est sorti sans son imper. Il n’a jamais eu de parapluie. Au coin de la petite rue et du boulevard, un
petit bar providentiel lui offre un répit.
Il n‘est pas le seul à fuit l’ondée.
En plus des vieux habitués, des mouillés à des différents degrés se
réchauffent avec un café bien chaud, ou un Bovril.
Une jeune fille, une jeune femme,
allez savoir, entre en épongeant ses cheveux.
Plus de place, toutes les tables sont occupées.
- Mademoiselle, permettez-moi de
vous offrir une place à ma table.
- Merci Monsieur, vous êtes bien
aimable.
Très vite, ils se sentent à l’aise
l’un avec l’autre. Un café, encore un
café.
- Venez-vous souvent dans ce
bar ?
- Non, c’est le hasard. Je me suis abrité de la pluie.
- Tout comme moi. Il ne pleut plus. Merci pour votre amabilité.
Mystère des êtres. Prétexte, bonne raison ? Le lendemain, il pleut à seau. Il est dans le petit bar. Il se traite de nigaud, de naïf. Elle entre.
Je résume. Il a acheté un parapluie, un grand, un
parapluie pour deux. Ils se sont retrouvés pendant quarante jours. Quand la pluie a cessé, leur histoire est
tombée à l’eau.
M-Cl Desmette d’après la chanson des Frères Jacques : Writer(s): Rudi Revil, Vaucaire Michel Jacques P, Hayim Hefer, Yizchak Graziani
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